On se l'était juré, craché sur un air de Gainsbourg, celui que tu préférais, que l'on ne se quitterait jamais. Et qu'importe les années, qu'importe les naufrages, tu serais toujours là pour moi. Vivre l'un sans l'autre aurait été la chose la plus absurde et la plus improbable que l'on eût jamais imaginé. Nous vivions dans notre petit paradis, comme un ailleurs ouaté à l'abri du monde extérieur. Cet amour nous rendais à la fois sourds et aveugles. Puis les années ont lentement défilé, et une par une, ont détruit ce que nous avions si longuement édifié. Toutes tes promesses se sont évanouies comme neiges au soleil. J'aurais beau lutter, tenter de recoller les morceaux, me battre jusqu'à la dernière seconde, chaque once d'espoir serait factice et tu le sais. A quoi bon se voiler la face lorsque l'on sait qu'au fond ça sera toujours mort. Cette passion indétachable, autodestructrice qui nous liait autrefois est désormais révolue. Le fait de le clamer haut et fort ne fera pas changer les choses. S'effacer, recommencer, ne pas laisser s'accumuler trop de remords, parce qu'à force, ça finit par pourrir. Recommencer. J'ai beau retourner ce mot des milliers de fois dans ma tête, je ne parviens pas à trouver de réponse. Réponse à quoi ? A cet amour déchiré, à ce mal-être omniprésent qui jour après jour pèse sur mon c½ur comme une enclume. Oublier. Noyer sa solitude dans les litres de Vodka. Poliakhov, Zubrowska, Stolichnaya, tout cela est bien plus amusant que les surnoms que tu avais l'habitude de me donner. S'enliser peu à peu dans la débauche, se salir pour oublier à quel point l'on souffre. L'abandon et la décadence. Une sinistre veuve. Tout ce que tu as fait de moi. Veuve de cet amour trop vite avorté.